Pour prendre des truites

Marcel Lapourré

Délégué du Fishing-Club de France.

Avril 1950

Sélection_005

« Je voudrais prendre des truites », m’écrivent assez fréquemment des confrères, et je conçois fort bien leur désir. Il serait souhaitable cependant qu’ils veuillent bien, m’indiquer dans quel genre de cours d’eau ils vont exercer leurs futurs talents. Mais non ! cette laconique demande paraît être pour eux le critérium des renseignements nécessaires et il faut avouer que c’est plutôt succinct.

Il y a tant de façons « d’essayer » de prendre une truite que j’aurais pu leur répondre, sans faire preuve d’ironie ou de désinvolture : « Présentez-lui quelque chose qui lui plaît et elle viendra s’accrocher toute seule. » Et ce serait une exacte réponse.

Cependant, j’essaie d’être plus explicite et, si je ne réussis pas à leur faire remplir leur panier, je crois pouvoir contribuer à les rendre heureux … relativement, peut-être, s’ils savent se contenter d’être payés selon leur mérite.

Pensant que la question intéressera beaucoup de confrères habitant près d’un cours d’eau à truites — les heureux, — je vais passer en revue les différents cas qui peuvent se présenter, en ébauchant la description des procédés à utiliser.

Chacun sait que le mode de pêche variera suivant l’eau et l’époque ; aussi tâcherons-nous de tenir compte de ces différences.

Lors de l’ouverture, en février-mars, les eaux sont généralement hautes, louches et propices à nos exploits, sauf si la fonte des neiges est la cause de ces crues. Dans ce cas, il est inutile de pêcher, la rivière paraît déserte.

Nous sommes donc devant une petite rivière coulant à pleins bords, l’eau n’est pas claire.

Nous allons employer le devon, la petite cuiller, traînés au bout d’une longue canne si nous ne savons pas pêcher au lancer ; ces leurres seront coloriés en clair si l’eau est très louche, ou dorés si elle est limpide.

Par exemple, une cuiller argentée ou blanche en eau sale, et en cuivre mat si l’eau est claire.

Vous ferez évoluer vos leurres près des bords, le long des obstacles, évitant les courants violents que la truite n’habite pas encore, mais n’exagérez pas la vitesse ; juste ce qu’il faut pour donner la rotation indispensable à un semblant de vie.

Un vairon mort fixé sur un gros hameçon et promené en zigzags, très lentement, sera également très bon. Le vairon vivant, piqué par une narine, donnera de belles captures, si on le pose dans les trous, les petits remous derrière les blocs.

Le poisson en caoutchouc, bien manoeuvré, est très efficace.

Si l’eau est trouble, franchement jaune, seul le gros ver de terre est à employer. Plombé juste sur la palette, il sera promené sur les bords, en évitant de le laisser trop traîner sur le fond où il s’accrocherait.

Soutenez votre ligne et laissez filer le ver au courant. Dès la touche, indiquée par deux ou trois « toc-toc », raidissez le fil et ne ferrez qu’après quelques secondes d’attente pour que la truite ait le temps d’avaler le ver. Jamais, surtout, le ferrage ne doit avoir lieu dès la touche, vous manqueriez 8 truites sur 10.

Cette pêche au ver en eau trouble, très meurtrière, sinon très sportive, est à la portée de n’importe quel débutant. Les professionnels de nos campagnes la pratiquent exclusivement et réussissent de beaux paniers.

Même un pêcheur averti, n’aimant pas ce genre de pêche par trop rudimentaire, peut être amené à l’employer pour ne pas gâter sa journée, alors qu’il a effectué de nombreux kilomètres pour se rendre à pied d’œuvre.

Je vous conterai un jour quelques anecdotes pour illustrer cette petite théorie et vous verrez qu’il peut être utile de savoir pêcher au gros ver, bien qu’on soit un fervent de la mouche artificielle et du devon.

Nous voilà au printemps et nos engins vont augmenter en nombre. En plus de ceux déjà cités, voilà un des meilleurs : la mouche artificielle noyée.

Elle s’emploie à tout moment de la journée sur une rivière claire, quel que soit son étiage, et il est bien rare qu’elle ne soit pas une source de succès, à condition d’avoir des mouches convenables.

Ce sont des mouches dites « araignées » qui seront a préférer ; elles n’ont pas d’ailes compactes, mais portent, vers l’oeillet, une collerette de barbes de plume, simulant ailes et pattes.

Si vous ne les faites vous-même, ce qui n’est pas à la portée d’un débutant, prenez-les chez un bon fournisseur. Peut-être un confrère obligeant vous en cèdera-t-il au bord de l’eau : je vous le souhaite.

Avril est un excellent mois pour la pêche à la mouche noyée.

Et voilà mai. La mouche flottante est à rechercher : elle vogue en surface, grâce à sa structure, et peut-être aussi parce que vous l’avez huilée convenablement.

Vers la fin du mois apparaîtra le gros éphémère, dit « mouche de mai » (Ephemera vulgata), si renommé à juste titre. Il permet des pêches formidables au moment d’une éclosion.

Et, tout l’été, les mouches artificielles seront de merveilleux appâts, le matin et surtout au crépuscule. Le fameux « coup du soir » fait parfois époque dans la vie d’un pêcheur.

On n’a rien pris de toute la journée et, soudain, la rivière s’anime, les ronds sur l’eau se multiplient et votre mouche est happée brutalement ; on remplit son panier en une heure et avec de belles pièces, presque toujours.

Nous aurons à notre disposition également tous les insectes : sauterelles, grillons, staphylins, etc. ; employés vivants — j’ai décrit de quelle façon dans une causerie précédente — et posés délicatement sur l’eau, ils sont irrésistibles.

Plus l’obscurité s’épaissit, plus les chances de belles captures s’affirment.

Enfin, à ce moment, un vairon mort, casqué, dandiné lentement, très lentement, par légères saccades, vous offre l’espoir d’être attaqué par une de ces énormes truites qui ne sortent que la nuit et dont la capture laisse un souvenir inoubliable.

Mats attention ! Cette pêche ne peut se pratiquer qu’en eau privée, car la loi nous crée l’obligation de cesser toute activité dès le coucher « légal » du soleil, et, ma foi, vous pourriez bien être assimilé à un braconnier dans les eaux du domaine public.

En été, par eaux basses, très basses même, le tout petit ver rouge a du succès, soit en l’employant en plein courant, soit en le posant doucement autour de chaque pierre qui n’est pas plaquée dans la vase. De belles surprises vous seront réservées.

En automne, dès septembre, toutes les pêches redeviennent normales ; souvenez-vous que ce mois serait peut-être le meilleur de tous si beaucoup de truites ne manquaient déjà à l’appel.

La mouche artificielle, sèche ou noyée, fait merveille.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.