Les boîtes d'alevinage Vibert

Delaprade,

Novembre 1950.

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Mon dernier article sur les boîtes Vibert a provoqué de la part des lecteurs un certain nombre de demandes de précisions émanant surtout de présidents de sociétés de pêche désireux d’essayer cette méthode d’alevinage dont on parle beaucoup dans la presse halieutique.

Je crois donc devoir revenir sur cette question qui présente un grand intérêt puisqu’il s’agit ni plus ni moins que du maintien de la richesse piscicole des cours d’eau à truites.

Il est bien évident qu’en raison du grand nombre de pêcheurs la fraie naturelle ne suffit plus à maintenir une population piscicole normale dans les rivières à truites, sauf, peut-être, dans les rivières normandes où les parcours particuliers, soigneusement gardés, sont des réserves précieuses.

Pendant ces vacances, j’ai surtout vu pêcher dans les gaves pyrénéens et j’ai pu me rendre compte que, pratiquement, jamais une truite, non pas de 22 centimètres, mais même de 18 ou de 16 centimètres, n’était remise à l’eau. Or, à 16 centimètres, même dans des cours d’eau de montagne au fond granitique, où la croissance est faible, la truite mâle est peut-être allée l’hiver précédent sur la frayère, mais la truite femelle est strictement immature et n’a pas reproduit une seule fois.

Quant aux conséquences, point n’est besoin d’être un grand aménagiste piscicole pour les deviner, et depuis bien longtemps, et même avant Colbert, auteur de l’ordonnance de 1669 sur les Eaux et Forêts, le législateur avait émis en principe que nul poisson ne devait être péché s’il n’avait au moins frayé une fois. Comme, d’autre part la truite femelle ne pond environ que 1.500 œufs par kilogramme de son poids, alors que la carpe et les autres poissons blancs atteignent facilement 100.000, 200.000 et même 300.000 œufs par kilogramme de leur poids, il est bien évident que nous allons rapidement vers le dépeuplement de nos rivières à salmonidés.

D’autre part, la truite est en butte à de nombreux ennemis. Citons rapidement : la non-destruction des anguilles, grandes dévoreuses de frai, la sécheresse, le braconnage, d’autant plus qu’il faut tenir compte que la truite femelle de trois ans, à sa première ponte, ne pond que des œufs de mauvaise qualité qu’en pisciculture on trouve normal de déprécier d’environ 30 p. 100.

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L’alevinage est donc, je le répète, une pratique indispensable à l’heure actuelle. Malheureusement, les déversements d’alevins portent trop souvent sur de petits poissons sous-alimentés. D’autre part, la société qui reçoit 5.000 ou 10.000 alevins en confie le déversement à des gens inexpérimentés qui déversent leurs bidons dans les rivières sans tenir compte des prescriptions qui leur sont données relativement à l’égalisation de la température et à tous les principes qu’a si bien décrits le professeur Léger dans son petit ouvrage si pratique et si clair sur la pratique rationnelle de la petite salmoniculture et sur les déversements d’alevins.

La méthode Vibert supprime la plupart de ces inconvénients. Elle est d’abord moins coûteuse, car on achète des œufs au lieu d’acheter des alevins de quatre ou cinq mois, alevins qui sont à la merci, dans les bassins de pisciculture, de nombreux parasites et d’épidémies et qui, déversés en rivière, mettent un certain temps à acquérir les réflexes de la vie libre. De plus, on ne risque pas, avec cette méthode, de voir des quantités d’alevins achetés à grands frais souffrir du déversement effectué par des incapables.

Une seule opération est nécessaire pour la mise en place des boîtes Vibert, j’en indiquais le principe dans ma dernière chronique. Étant donné l’engouement soulevé par cette méthode dont je suis le premier à reconnaître tous les mérites, je crains que le zèle des néophytes et la mise en place par des gens inexpérimentés ne provoquent un certain nombre d’échecs ; ces gens seront ensuite les premiers à critiquer une méthode qui, je le répète, huit fois sur dix, donne d’excellents résultats.

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Tout d’abord, dans quel cas ne faut-il pas employer la méthode Vibert ?

1° Les rivières à fond de sable doivent être éliminées ; c’est le cas, par exemple, de certains cours d’eau des Landes et de la Gironde, qui ont des eaux suffisamment fraîches pour permettre la vie à des truites, mais où l’absence de graviers empêche la fraie naturelle ;

2° Les rivières à fond lent et vaseux, telles que certaines rivières normandes, où toutefois les boîtes Vibert pourront être placées dans les parties rapides et caillouteuses que l’on peut trouver en aval des barrages et des piliers de ponts ;

3° Les fonds de rivières qui se trouvent en aval de sablières ou de carrières lavant les matériaux.

Dans tous les autres cas de rivières à truites normales, comportant des courants rapides et un fond de cailloux, la méthode Vibert doit normalement donner de meilleurs résultats que les déversements d’alevins, et à moindres frais.

Le président de société de pêche qui aura passé commande de ces boîtes chargées d’œufs devra, avec quelques volontaires, reconnaître au préalable les emplacements de la rivière où il immergera ses boîtes. Il recherchera, comme nous l’avons déjà dit, une rivière à courant rapide avec fond de cailloux de taille comprise entre 3 et 10 centimètres. J’ai déjà précédemment indiqué l’intérêt qu’il y avait, lorsque le courant n’était pas assez fort, à provoquer une veine liquide à courant rapide par la mise en place de deux cailloux. Je précise que la boîte de 1.000 œufs est à peine plus grosse qu’une grosse boîte de Gitanes.

La reconnaissance étant faite, il y a lieu de distribuer les boîtes aux volontaires à raison de cinq à dix boîtes au maximum par personne ; un homme seul suffit à les placer, qu’on munit d’une musette humide contenant les boîtes et d’une binette ou d’une fourche de jardinier ; s’ils opèrent soigneusement, il faut bien compter dix à quinze minutes pour mettre en place une boîte dans de bonnes conditions.

Deux dernières précisions : dans le cas de lacs à truites de montagne, j’ai essayé cette année de placer des boîtes Vibert sous les cailloux de la rive d’un lac, pensant que le batillage serait suffisant pour entraîner le développement des œufs : j’ai eu un échec quasi total. Au contraire, j’ai eu un succès de 90 à 95 p. 100 en les plaçant à un émissaire ou à un affluent du lac et partout où un courant vif permettait l’apport d’oxygène nécessaire.

D’autre part, un de mes lecteurs m’a demandé s’il pouvait utiliser les boîtes Vibert en pisciculture. Je ne puis que le lui déconseiller, à l’heure actuelle. Des expériences vont être faites l’hiver prochain à ce sujet et il y a lieu d’attendre. Les résultats qui seront obtenus au cours de l’hiver prochain par la campagne d’alevinage donneront, à mon avis, des conclusions favorables et une certaine proportion d’échecs dont il faudra chercher les raisons, qui, neuf fois sur dix, seront celles que j’ai déjà exprimées plus haut, c’est-à-dire l’emploi dans des rivières ou des fonds de rivières à fond sableux, vaseux ou pollué.

Il faudra sans doute deux ou trois ans avant que les membres des sociétés de pêche soient bien au courant de l’emploi de ces boîtes, mais je suis persuadé que c’est là la formule de l’avenir pour nos rivières à truites.

Crédit photo: http://www.boite-vibert.com/index.html

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