La grosse truite.

R.Portier

Février 1949

C’est à un professionnel émérite, nommé Gouverneyre, qui, il y a quarante ans environ, approvisionnait en grosses truites, pour leurs banquets, plusieurs hôtels du Massif Central, que je dois de précieux renseignements pour les capturer. Ceux-ci m’ont permis, par la suite, de compter parmi mes prises un nombre relativement important de ces salmonidés, variant en poids de 2 à 4 kilogrammes.

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C’est sa méthode spéciale, que j’ai trouvée supérieure à toute autre, que je voudrais exposer brièvement, aujourd’hui, à nos confrères débutants, désireux de prendre quelques poissons sortant de l’ordinaire.

Disons tout d’abord que la grosse truite ne se pêche ni dans les ruisseaux ni même dans les petites rivières. On ne la rencontre que dans les grands et moyens cours d’eau, à condition que leurs eaux soient claires, courantes et oxygénées. Plusieurs rivières du Massif Central remplissent ces conditions.

L’habitat ordinaire des grosses truites est le « gour », endroit profond environné d’obstacles : roches creuses, souches-noyées, arbres morts tombés à l’eau, amoncellements de grosses pierres dévalées des pentes voisines, etc. … Elles fréquentent aussi le dessous des chutes, les abords des ponts et ces grandes « levées » des moulins, scieries et usines.

Là, elles sont chez elles, écartent tous concurrents de leur périmètre de chasse, mais, méfiantes, sont assez difficiles à prendre, vu leur vieille expérience. Cependant, il leur faut manger, car grand est leur appétit. Les poissons de petite taille constituent le gros de leur nourriture, et celui qu’elles préfèrent à tous, de beaucoup, est le véron des eaux vives.

Pour s’attaquer à ces belles pièces, un matériel de pacotille ne serait guère indiqué. Est à recommander une solide canne en bambou noir mesurant de 5m,20 à 6 mètres de longueur ; les catalogues en présentent à foison. Cette canne sera munie d’anneaux fixes laissant passer librement la soie ; celui de tête de scion à centre d’agatine ou porcelaine, afin d’éviter l’usure prématurée de celle-ci.

On la munira d’un bon moulinet simple, à frein et à cric, capable de contenir au moins 50 yards de soie américaine « Aux drapeaux », grosseur E. Le bas de ligne aura environ 2 mètres de longueur, allant en diminuant de la florence Maraña première grosseur à celle dite Padron deuxième, formant avancée. Au milieu, placer un émerillon bronzé no 8, précédé d’une petite olive de plomb du poids de 8 à 10 grammes.

À l’extrémité inférieure de la dernière florence Padron, sera rattachée par sa boucle la monture spéciale préconisée par « Toine le pêcheur », dont j’ai pu apprécier toute l’efficacité. Elle consiste en un fort bout de Marana de 10 centimètres, sur lequel est monté un bon hameçon à tige longue, de forme carrée, tel le modèle dit « Kendal » no 2. Ce morceau est terminé en haut par une boucle à laquelle sera reliée l’avancée. Au-dessous de cette boucle, et à une distance variable selon la taille des vifs, est lié un court bout de florence « Regular », portant un petit hameçon carré no 9.

Cette monture, toute en florence, est très souple, ne blesse pas le poisson-appât et lui permet de respirer et d’évoluer à l’aise.

Ce dernier est fixé tout d’abord par les deux lèvres au petit hameçon, et sa queue, qui ne dépasse que de 2 ou 3 centimètres le gros crochet, est liée à celui-ci, à hauteur de l’anale, par plusieurs tours de soie rouge.

Le flotteur serait de trop, mais une petite houpette de laine rouge, fixée sur la soie à 3 mètres de l’appât, servira d’indicatif de profondeur.

Voyons, maintenant l’action de pêche.

Notons d’abord qu’il est préférable de pêcher en remontant, la truite nous voit beaucoup moins et nous entend peu.

Le seul lancer possible de l’amorce vive est le « balancé », en y mettant beaucoup de douceur. On peut retirer préalablement 1m,50 de soie du moulinet, que l’on gardera flottante entre celui-ci et le premier anneau. Au moment du lancer, on lèvera le doigt qui la retenait et elle sera entraînée par le poids de l’olive et de l’appât ; la ligne en sera allongée d’autant et ledit appât pourra parvenir à une douzaine de mètres du pêcheur, distance ordinairement suffisante.

Dans les grandes « levées », c’est surtout en amont, à l’arrivée de l’eau, que les touches seront constatées. Le véron parvenu au large, le laisser s’enfoncer progressivement, en abaissant le scion ; donner de la soie, si c’est nécessaire.

Il faut qu’il « travaille » entre deux eaux, à la profondeur de 2 ou 3 mètres, et le soutenir avec le fil tendu, en faisant varier son niveau, mais sans atteindre complètement le fond, habituellement vaseux.

Dans les parties courantes, tourmentées, rechercher, nous l’avons dit, les remous en aval des obstacles. Pour y faire parvenir l’appât, le poser en amont, sur un côté, en laissant au courant le soin de l’amener audit remous, comme s’il était librement entraîné ; là, on l’arrêtera quelque temps et on le laissera évoluer à sa guise, maintenu toutefois à quelque distance des obstacles.

Dans les « levées », où l’eau est relativement calme, la touche est souvent assez lente ; le véron saisi, la truite s’éloigne au large et en profondeur ; il faut lui donner du fil et ne ferrer que lorsqu’elle a bien avalé.

Dans les parties courantes et les remous agités, elle est souvent fort brusque ; la main ressent un coup sourd, suivi d’une tirée rapide et violente ; le fil se déplace, en amont, en aval et en travers. Le ferrage sera plus prompt qu’en eau calme ; souvent, un simple raidissement de la ligne suffira.

L’accrochage, par un aussi gros hameçon, est très sûr, et il est rare de manquer une grosse truite qui a bien mordu.

Mais on ne la possède pas encore pour cela, et toutes les péripéties habituelles de défense sont possibles. Elles ont été si souvent exposées dans cette revue, à propos de divers gros poissons, qu’il est, je crois, bien peu utile d’y revenir ; d’ailleurs, la place nous manquerait.

Ce seront toujours l’épuisette ou la gaffe qui termineront la lutte, aussi ne faut-il jamais oublier de s’en munir.

Crédit Photo: 1max2pêche

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