La pêche au macaroni

R. Portier

Décembre 1947

Dans nos contrées, à partir de la mi-novembre, nous ne pouvons plus guère compter sur la capture des gros cyprins, barbeaux, brèmes, carpes ou tanches ; celle même de la « blanchaille » devient à peu près nulle. Il est, cependant, quelques autres poissons que les basses températures laissent à peu près indifférents et qui continuent à mordre plus ou moins bien à la ligne. De ce nombre est le chevenne de bonne taille, dont la chair blanche et grasse, malgré ses arêtes, n’est point du tout à dédaigner.

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Malheureusement, les esches que lui offrent habituellement les pêcheurs endurcis qui opèrent par temps froid : sang caillé, rate, moelle, boyaux de volaille, raclure de porc, etc., ne sont guère du goût de nombreux confrères, et c’est la raison pour laquelle ceux-ci s’abstiennent de fréquenter le bord des eaux à l’arrière-saison. Ils seraient heureux, cependant, de faire quelques sorties.

Nous leur signalerons une esche assez peu connue, dont on ne peut suspecter la propreté, puisqu’elle nous sert parfois de nourriture ; elle peut, assez souvent, procurer de bons résultats en eaux froides. On sait qu’alors les gros chevennes — nous entendons par là des poissons de 3 à 5 livres et plus — se cantonnent de préférence dans les grands et profonds remous, assez calmes, formés en aval d’obstacles importants. Dans ces endroits-là, nos dits poissons nagent, tournent et retournent, tantôt près du fond, tantôt en pleine eau, à l’affût de toutes parcelles comestibles amenées par les courants d’amont. Aussitôt qu’ils s’aperçoivent de leur présence à proximité, ils s’élancent sur elles pour s’en emparer.

Le macaroni, par sa blancheur et sa ressemblance avec les boyaux, dont ils raffolent, les attire d’assez loin, cinq à six mètres au moins pour peu que l’eau soit assez claire.

Disons maintenant quelques mots de la préparation de cette esche qui ne peut, évidemment, s’employer telle quelle ; autant vaudrait pêcher avec une brindille de bois.

Délaissant la qualité fine, choisissons ces gros tubes de macaroni commun, à la pâte solide et tenace. Dans une casserole en terre vernissée, nous placerons une bonne poignée de ces tubes, que nous recouvrirons d’eau de pluie froide mêlée d’un peu de lait. Le macaroni doit cuire très lentement et, quand l’ébullition se produira, ne pas la prolonger plus de quelques minutes.

Pendant que se poursuit cette opération, si nous ne l’avons déjà fait, nous nous procurerons du fil de laiton un peu raide, que nous couperons à 0m,25 de longueur et que nous ploierons en forme d’épingle à cheveux.

En même temps, avec un fragment de florence « padron », nous confectionnerons une sorte de monture « steward », de 7 à 8 centimètres de long, bouclée à l’extrémité supérieure et portant 3 hameçons superposés, un no 8 et deux no 10. Quand le macaroni sera cuit et refroidi, nous le couperons en tronçons de 5 à 6 centimètres, que nous placerons dans une boîte à demi remplie de gros son.

Au moment de l’emploi, nous introduirons dans l’un de ces fragments notre pseudo-épingle, nous accrocherons l’hameçon de queue dans sa courbure et, maintenant le tube droit, nous tirerons progressivement sur la boucle. La monture glissera à l’intérieur. En pressant un peu, nous ferons saillir légèrement les pointes et nous rattacherons la boucle à la ligne. Ainsi placé, le macaroni tient fort bien et peut être projeté au large, par lancer balancé, sans crainte de le voir se détacher.

Quelques pêcheurs emploient un no 6 comme hameçon de queue, prétextant la grande ouverture de la bouche du chevenne.

La pêche au macaroni est fort simple et ne diffère en rien de celle à la ligne flottante ordinaire. Employer un bas de ligne de force moyenne : 1m,80 de « regular » ou « fina » teinté verdâtre ; comme flotteur, une plume d’oie assez longue, dûment équilibrée par une plombée étagée, qui la rendra sensible.

Pour réussir, explorer patiemment le remous dans toutes ses parties, en faisant varier la hauteur de l’esche depuis la proximité du fond jusqu’à un mètre environ de la surface. Arrêter de temps à autre l’appât sur ce fond même, s’il est propre, et à divers points des parois en pente. Donner du fil, avec le moulinet, pour atteindre les endroits éloignés du bord, si cela est jugé nécessaire.

Un amorçage restreint, exécuté avec des bribes de macaroni ou pâte quelconque, donnera souvent de bons résultats.

En eau froide, la touche du chevenne est moins vive qu’en été. Elle est cependant presque toujours franche et nette sur le macaroni. La plume tressaille, plonge et ne remonte plus.

Il faut répondre par un ferrage d’autant plus ample que la bannière est plus longue, mais sans dureté, à cause du poids que le poisson peut avoir. Épuisette indispensable ; les prises de poissons de 2 kilogrammes, et plus même, n’étant pas très rares, surtout dans les grands cours d’eau. La première défense du gros chevenne est assez vive, parfois brutale, mais elle ne dure pas ; après un tirage intense et plusieurs embardées, elle s’assagit, et le captif se laisse facilement amener et empocher.

On réussit mieux quand la température n’est pas trop basse, le vent peu violent et que l’eau a pris cette teinte glauque qui caractérise l’eau d’hiver ; celle provenant de la fonte récente des neiges interdit à peu près tout succès.

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