"Tape à noyer" et "monter court"

P. Carrère.

Août 1950

On a beaucoup écrit et l’on parle beaucoup, entre pêcheurs, de ces phénomènes bizarres que sont le « monter court » et le « tape à noyer ». On confond souvent ces deux comportements.

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Sans que rien le fasse prévoir, le pêcheur, insouciant, après n’avoir constaté jusqu’alors rien d’anormal dans le cours de sa partie de pêche, observe que de nombreux ratés viennent de marquer ses derniers coups de ligne. Si c’est un pêcheur averti, il constate qu’il est en présence d’un des phénomènes en question. Lorsque le poisson monte à la mouche et ne la prend pas, en faisant un remous caractéristique, sans sortir de l’eau, il « monte court ». S’il saute sur la mouche en bondissant hors de l’eau et que par une légère contorsion il tape réellement sur elle en plongeant, on dit alors qu’il « tape à noyer ». C’est surtout de ce comportement que je veux parler. Quant au monter court, dont nous reparlerons d’ailleurs, il se produit en d’autres cas pour des raisons différentes.

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Une distraction hivernale

La pêche au sac.

R. Portier

Février 1950

À notre époque de vie sportive, bien peu de nos jeunes confrères, qui ne jurent que par lancer léger ou mouche sèche, consentiraient à revenir aux pêches de nos anciens, seulement pratiquées de nos jours par les professionnels et quelques amateurs endurcis. Et, cependant, ces pratiques démodées avaient du bon ; elles rapportaient certainement plus de poisson que celles d’aujourd’hui.

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De ce nombre, la pêche dite « au sac » était, pendant l’hiver, une des plus fructueuses quand les eaux n’étaient pas trop glaciales. C’est pourquoi nous allons en parler dans cette brève causerie.

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La pollution des eaux … partie 3

Delaprade

Juin 1950

Nous avons vu (1) que la méthode biologique d’estimation de dommages-intérêts consistait en l’étude comparative de la petite faune et de la flore avant la pollution (ou en amont de la pollution, ce qui revient au même) et après la pollution, cet examen restant valable deux ou trois mois après le déversement accidentel, ou de façon permanente en cas d’empoisonnement chronique.

Par l’étude de la petite faune et de la petite flore des cours d’eau, on parvient à déterminer la diminution de la capacité biogénique du fait de la pollution et, par conséquent, la diminution de la production en poissons de la rivière à l’aide des formules du professeur Léger.

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La pollution des eaux … partie 2

Delaprade

Mai 1950

Méthode biologique de constat.

Il est vite dit qu’une usine pollue une rivière : la clameur publique est prompte ; encore faut-il en constituer une ou plusieurs preuves qui puissent être admises par l’Administration et les tribunaux, et ceux-ci ne se contentent pas de racontars ; une affaire en justice ne saurait s’engager à la légère.

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La pollution des eaux … partie 1

Delaprade

Avril 1950

C’est là le danger majeur qui menace une bonne partie de nos rivières, et l’essor industriel de notre pays est tel, ces dernières années, que le péril s’est singulièrement aggravé et que, de tous côtés, on signale des mortalités massives de poissons portant sur des kilomètres de rivière, sur des centaines de kilogrammes de poissons, dues à des lâchers soit intempestifs, soit continus, de produits résiduels d’usines. Encore ces pollutions ne sont-elles pas, du point de vue biologique pur, les plus désastreuses ; les plus nuisibles sont les pollutions continues, à effet peu spectaculaire mais constant. De tous côtés, les présidents de sociétés de pêche s’émeuvent et intentent des procès aux industriels coupables. L’administration des Eaux et Forêts et le Conseil supérieur de la Pêche, harcelés de réclamations et d’articles de journaux, essaient d’aider de leur mieux les sociétés de pêche sur les plans juridique et technique.

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Causerie juridique, circulation interdite.

Paul Colin,

Avocat honoraire à la cour d’appel de Paris

Juillet 1950

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« J’ai l’entière propriété d’une île située dans une rivière non navigable. Puis-je m’opposer à l’entrée des pêcheurs à la ligne qui prétendent venir s’installer et pêcher sur les berges de cette île et de quels moyens puis-je disposer pour faire respecter mon droit ? »

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Amont ou Aval ???

Marcel Lapourré,

Janvier 1950

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Les apprentis du lancer (lourd ou léger) vont s’écrier : « Quelle importance cela peut-il bien avoir de pêcher en remontant ou en descendant le courant ? On choisit la façon la plus commode, tout simplement. »

Eh bien ! non, car la façon la plus commode d’accomplir une action, n’est pas toujours la plus efficace.

Réfléchissez, lecteurs, et vous conviendrez que, même en dehors de la pêche, mon affirmation s’avère exacte dans bien des cas.

Donc, nous allons essayer de démontrer comment et dans quel cas la progression du leurre vers l’amont ou vers l’aval est à pratiquer.

Nous poserons comme règle générale que, dans un cours d’eau ordinaire, je veux dire ni trop lent, ni trop rapide, avec un fond moyen au-dessus de 40 centimètres, il n’est pas d’hésitation possible ; on doit lancer en amont et récupérer vers l’aval.

Il faudra que le pêcheur ait déjà quelque expérience du lancer et de la manœuvre de son moulinet ; le leurre doit, en effet, progresser à une vitesse supérieure à celle du courant si on veut qu’il ne soit plaqué irrémédiablement sur le fond.

Cette précaution est surtout à observer avec les leurres de forte densité, métalliques surtout ; elle est moins importante avec un poisson mort qui évoluerait en zigzags avant de plonger.

Tout leurre ainsi ramené a tendance à piquer au fond, surtout si le profil de la plombée l’y contraint. Il faudra donc veiller à ce profil et lui donner en tête un léger plan de redressement et non l’inverse.

Quel avantage y a-t-il à pêcher up-stream, comme disent les Anglais ?

Nul n’ignore que les habitants de la rivière, quels qu’ils soient, font toujours face au courant, tant pour lui résister que pour happer au passage les particules nourrissantes qu’il transporte.

Ils n’ont qu’un court instant pour examiner ce qui descend et pas d’autre moyen de contrôle que leur bouche ; aussi est-ce prestement qu’ils cueillent au passage les menues friandises (ou supposées telles), quitte à les rejeter si elles ne sont pas gustatives.

Les carnassiers, eux, ne se trompent pas, et, comme ce sont surtout ceux que nous recherchons, tout va très bien …

Le poisson mort, la cuiller, le devon descendent au courant à proximité d’un vorace ; celui-ci se soulève à sa rencontre et, d’un rapide coup de gueule de côté, le stoppe net. Le choc du ferrage arrive en sens inverse de l’attaque ; l’accrochage est certain et profondément solide.

Les ultimes cabrioles de la capture n’effaroucheront pas les poissons de l’amont et, à un mètre plus haut, le drame ne s’est pas fait sentir. Vous pouvez recommencer.

Voilà donc deux avantages bien marqués de la pêche en amont.

Voyons donc les inconvénients de la pêche en aval.

Oh ! je sais bien que c’est plus commode pour récupérer ; on peut se permettre un moment de répit dans le maniement de la manivelle ; le leurre, sollicité par le courant, tournera tout de même ; on pourra faire du « sur place » si on y tient, ou si c’est nécessaire pour insister en un bon endroit, mais, par contre, le carnassier peu affamé ou méfiant a suivi l’appât sans l’attaquer. Il veut l’examiner et, ma foi, fort souvent, il crochète et s’enfuit, ayant vu le piège et réfléchi : il a eu le temps, ce qui n’était pas possible précédemment.

Combien de fois avons-nous vu de belles truites tourbillonner autour de la petite cuiller sans se décider à sauter dessus ? Les grosses pièces connaissent leur affaire et sont plus circonspectes que les « sardines ».

Mettons donc toutes les chances de notre côté.

En tout cas, en ce qui concerne la truite, je recommande vivement à mes jeunes confrères de pêcher en amont.

Ils auront 50 p. 100 de chances en plus en leur faveur.

Cependant il est des cas où il serait impossible de pêcher ainsi : en eau mince, en eau rapide, en eau très encombrée. Je m’explique :

Par eau mince, j’entends : de faible profondeur ou frôlant une chevelure d’herbes aquatiques, vrais nids à poissons, il nous faudrait récupérer trop vite pour utiliser le peu d’épaisseur de l’eau, et notre travail serait inefficace.

Il en est de même en eau très rapide, où la progression devrait être très accélérée afin d’éviter le plaquage au fond.

Dans les eaux très encombrées, nous ne pourrions diriger avec précision notre leurre au milieu du fouillis, chose relativement aisée dans le sens contraire.

Le « sur place » dont je parlais tout à l’heure nous permettra des changements de direction efficaces et surtout indispensables, par le simple mouvement de la canne. J’ajoute qu’il faut avoir déjà une certaine habitude pour être ainsi maître du contrôle de l’appât, mais, pour un pêcheur aimant son sport et s’appliquant à s’y parfaire, c’est un jeu agréable et passionnant.

Varions donc nos procédés de pêche selon le cours d’eau que nous explorons et même varions nos leurres.

Le poisson mort aura toujours une supériorité sur tout autre appât dans la pêche en amont ; il ne sera pas arraché de la monture par le courant, comme dans l’autre cas ; sa faible densité et sa forme lui permettront d’être tentant sans une trop vive récupération.

Vous remarquerez donc que je ne suis pas absolument féru de l’un ou l’autre de ces deux procédés. C’est une affaire d’observation et d’opportunité : il faut savoir choisir et opérer à bon escient.

C’est à pied d’oeuvre qu’on peut et doit se rendre compte ; mes causeries n’ont pour but que d’aiguiller les débutants vers une solution convenable et leur éviter les ennuis d’une initiation faite à leurs dépens et bien souvent décourageante.

Les origines de la barque.

Robert Delagneau.

Octobre 1950.

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Mes amis pêcheurs et chasseurs vous êtes-vous déjà demandé quels étaient les hommes qui avaient découvert, pour se déplacer sur les eaux, la fragile nacelle dont vous faites journellement usage ?

Un certain nombre d’entre vous s’est sûrement posé cette question.

Je vais essayer d’y répondre. Pendant mes années d’études archéologiques à l’École du Louvre, les hasards de mes recherches sur les civilisations de Sumer et d’Akkad m’ont fait pencher sur ce délicat problème qui devint par la suite le sujet de ma thèse.

À défaut d’autres documents plus anciens, nous sommes bien obligés de considérer, à l’heure présente, la civilisation mésopotamienne comme la plus ancienne connue.

Je sais très bien qu’une pareille affirmation soulèvera des protestations de quelques confrères égyptologues, mais il ne m’est pas possible, dans le cadre étroit de cet article, d’ouvrir une parenthèse de plus sur ce délicat problème qui sépare depuis un peu plus d’un siècle les assyriologues et les égyptologues.

Il n’est guère besoin de démontrer, vu sa situation géographique, l’importance prise par la navigation dans la plus haute antiquité en Mésopotamie.

À défaut de preuves directes, la composition du sous-sol mésopotamien n’ayant permis la conservation des barques en bois, l’hydrographie naturelle, les nombreux canaux creusés par la main des hommes et dont l’entretien est attesté par les tablettes les plus anciennes (quatrième millénaire avant Jésus-Christ), le rôle que la barque joue actuellement dans cette région suffisent à nous faire deviner que le problème de flotter sur les eaux fut sûrement l’un des premiers qui se soit posé aux plus anciens habitants de notre planète. Cette conception est encore rendue plus vraisemblable par le fait que le sol était aux époques préhistoriques inférieur à l’actuel et que d’immenses marécages recouvraient le pays.

Les crues actuelles du Tigre et de l’Euphrate, les deux grands fleuves qui ont donné son nom à cette région (Mésopotamie : pays entre les fleuves) se produisent à trois semaines d’intervalle. Elles prolongent et agrandissent les marais, si bien que les communications ont dû être aux époques les plus lointaines presque aussi difficiles quand les eaux étaient basses ou quand elles atteignaient leur plus grande hauteur. Pour assurer leurs communications, les premiers habitants de cette contrée n’avaient d’autres ressources qu’un flotteur, la navigation pour eux fut une nécessité avant de devenir un art.

Quelles ont été les formes de ces premiers flotteurs sur lesquels nos plus lointains ancêtres osèrent s’aventurer, pour aller d’un endroit à un autre ou pour chasser et pêcher dans les marais ?

Je vais essayer de l’expliquer d’après les plus vieux documents trouvés in situ.

À l’origine, le premier flotteur fut l’œuvre de la nature. Lorsque pour une raison quelconque, un arbre tomba dans l’eau, l’homme s’aperçut qu’il flottait, c’était le premier flotteur. À peine équarris sur une face, creusés à l’intérieur, dépourvus de tout point d’appui pour les avirons ou les rames, ces bateaux rudimentaires sont encore de nos jours en usage chez certaines tribus d’Afrique.

On ne peut affirmer cette hypothèse d’une façon certaine, les plus anciennes représentations qui sont parvenues jusqu’à nous n’ont rien de commun avec le type « auge », auquel se rattachent plus ou moins les troncs d’arbres évidés.

La similitude des embarcations égyptiennes avec celles de la Mésopotamie pourra facilement s’expliquer lorsque l’hypothèse d’un ancêtre commun aux deux races sera démontrée. Mon opinion est que le premier flotteur ne fut pas importé en Mésopotamie par des envahisseurs nomades venant de l’Est (thèse nouvelle à démontrer), car ces peuplades venant de régions de monts et de steppes furent plutôt les importateurs du cheval que de la barque.

La barque est née en Mésopotamie comme vraisemblablement elle naîtra dans d’autres régions, plus tard, chez des peuplades qui se sont trouvées devant les mêmes nécessités et les mêmes conditions d’existence. Ce qui me permet d’insister et d’appeler la civilisation sumérienne la « Civilisation de la barque », c’est que, jusqu’à ce jour, on n’a pas encore trouvé trace de civilisations antérieures. Il est bien entendu que ce terme de civilisation de la barque doit être interprété dans son sens le plus large, comme les termes déjà usagés de Civilisation du miel et de Civilisation du renne.

Le type de la barque mésopotamienne est caractérisé par une hauteur plus ou moins grande des extrémités, ce qui lui donne la forme d’un croissant de lune. Pourquoi cette forme ? Deux hypothèses se présentent : 1° il se pourrait que le marinier mésopotamien ait donné cette forme à son esquif pour s’attirer la protection du dieu « Sin », dont le symbole est le croissant de lune, et éviter ainsi les multiples dangers de la navigation sur des fleuves aussi redoutables que le Tigre et l’Euphrate. 2° À moins qu’il ne s’agisse d’une nécessité absolue de cette forme pour obtenir une navigation plus facile dans des marais encombrés de roseaux ? Je suppose que l’esquif primitif, s’il ne présentait pas cette forme exactement, s’en rapprochait du moins d’une façon suffisante pour que la transition ait pu se faire presque naturellement. Il est aussi possible que le type primitif ait subi une transformation complète. Il se pourrait qu’à des besoins nouveaux correspondent un type entièrement nouveau, lui aussi. Cette forme cintrée est attestée par les plus anciennes représentations et il semblerait que ces barques étaient construites d’un matériau souple et flexible capable de recevoir les courbes qu’on voulait lui donner, probablement des roseaux (voir figure).

Depuis la période d’Ur (troisième millénaire av. J.-C.) jusqu’à nos jours, la barque mésopotamienne n’a pas évolué. Pour les transports, les Mésopotamiens utilisaient le kuffa, sorte de panier circulaire tressé en osier et rendu étanche par du bitume ou des peaux de bêtes cousues. Cette sorte d’embarcation se conduit à la godille pour l’empêcher de tourner sur elle-même. Ils employèrent aussi le kellek, sorte de radeau de bois dont la puissance de flottaison est fortement augmentée par des peaux d’animaux gonflées d’air placées sous l’armature de bois. Mais la forme mésopotamienne typique, employée pour de multiples usages, est le bateau en bois aux extrémités fort relevées en forme de croissant de lune, le belem.

Avant la période historique, lorsque de grands échanges d’influence se sont produits entre la Mésopotamie et l’Égypte, celle-ci adopta le belem mésopotamien, qui devint par la suite le type de la barque sacrée.

Pourquoi ces types de bateaux n’ont pas évolué depuis les temps les plus anciens et se sont conservés identiques jusque dans l’Irak d’aujourd’hui, sans laisser pour ainsi dire de points de repère pour délimiter les différentes époques de son évolution ? Pourquoi ont-ils gardé leur même caractère à travers des milliers d’années ?

Pourquoi les mêmes modes de propulsions, rames, perches, halage et voile ?

Parce que les Arabes, conservateurs rigoureux, emploient les mêmes techniques de fabrication, les mêmes matériaux de construction qu’aux époques les plus lointaines. De plus, l’état des choses naturelles du pays, fleuves, canaux, crues, marais, manque de bois approprié, etc., est toujours resté immuable en Mésopotamie à travers les siècles.

Les boîtes d'alevinage Vibert

Delaprade,

Novembre 1950.

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Mon dernier article sur les boîtes Vibert a provoqué de la part des lecteurs un certain nombre de demandes de précisions émanant surtout de présidents de sociétés de pêche désireux d’essayer cette méthode d’alevinage dont on parle beaucoup dans la presse halieutique.

Je crois donc devoir revenir sur cette question qui présente un grand intérêt puisqu’il s’agit ni plus ni moins que du maintien de la richesse piscicole des cours d’eau à truites.

Il est bien évident qu’en raison du grand nombre de pêcheurs la fraie naturelle ne suffit plus à maintenir une population piscicole normale dans les rivières à truites, sauf, peut-être, dans les rivières normandes où les parcours particuliers, soigneusement gardés, sont des réserves précieuses.

Pendant ces vacances, j’ai surtout vu pêcher dans les gaves pyrénéens et j’ai pu me rendre compte que, pratiquement, jamais une truite, non pas de 22 centimètres, mais même de 18 ou de 16 centimètres, n’était remise à l’eau. Or, à 16 centimètres, même dans des cours d’eau de montagne au fond granitique, où la croissance est faible, la truite mâle est peut-être allée l’hiver précédent sur la frayère, mais la truite femelle est strictement immature et n’a pas reproduit une seule fois.

Quant aux conséquences, point n’est besoin d’être un grand aménagiste piscicole pour les deviner, et depuis bien longtemps, et même avant Colbert, auteur de l’ordonnance de 1669 sur les Eaux et Forêts, le législateur avait émis en principe que nul poisson ne devait être péché s’il n’avait au moins frayé une fois. Comme, d’autre part la truite femelle ne pond environ que 1.500 œufs par kilogramme de son poids, alors que la carpe et les autres poissons blancs atteignent facilement 100.000, 200.000 et même 300.000 œufs par kilogramme de leur poids, il est bien évident que nous allons rapidement vers le dépeuplement de nos rivières à salmonidés.

D’autre part, la truite est en butte à de nombreux ennemis. Citons rapidement : la non-destruction des anguilles, grandes dévoreuses de frai, la sécheresse, le braconnage, d’autant plus qu’il faut tenir compte que la truite femelle de trois ans, à sa première ponte, ne pond que des œufs de mauvaise qualité qu’en pisciculture on trouve normal de déprécier d’environ 30 p. 100.

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L’alevinage est donc, je le répète, une pratique indispensable à l’heure actuelle. Malheureusement, les déversements d’alevins portent trop souvent sur de petits poissons sous-alimentés. D’autre part, la société qui reçoit 5.000 ou 10.000 alevins en confie le déversement à des gens inexpérimentés qui déversent leurs bidons dans les rivières sans tenir compte des prescriptions qui leur sont données relativement à l’égalisation de la température et à tous les principes qu’a si bien décrits le professeur Léger dans son petit ouvrage si pratique et si clair sur la pratique rationnelle de la petite salmoniculture et sur les déversements d’alevins.

La méthode Vibert supprime la plupart de ces inconvénients. Elle est d’abord moins coûteuse, car on achète des œufs au lieu d’acheter des alevins de quatre ou cinq mois, alevins qui sont à la merci, dans les bassins de pisciculture, de nombreux parasites et d’épidémies et qui, déversés en rivière, mettent un certain temps à acquérir les réflexes de la vie libre. De plus, on ne risque pas, avec cette méthode, de voir des quantités d’alevins achetés à grands frais souffrir du déversement effectué par des incapables.

Une seule opération est nécessaire pour la mise en place des boîtes Vibert, j’en indiquais le principe dans ma dernière chronique. Étant donné l’engouement soulevé par cette méthode dont je suis le premier à reconnaître tous les mérites, je crains que le zèle des néophytes et la mise en place par des gens inexpérimentés ne provoquent un certain nombre d’échecs ; ces gens seront ensuite les premiers à critiquer une méthode qui, je le répète, huit fois sur dix, donne d’excellents résultats.

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Tout d’abord, dans quel cas ne faut-il pas employer la méthode Vibert ?

1° Les rivières à fond de sable doivent être éliminées ; c’est le cas, par exemple, de certains cours d’eau des Landes et de la Gironde, qui ont des eaux suffisamment fraîches pour permettre la vie à des truites, mais où l’absence de graviers empêche la fraie naturelle ;

2° Les rivières à fond lent et vaseux, telles que certaines rivières normandes, où toutefois les boîtes Vibert pourront être placées dans les parties rapides et caillouteuses que l’on peut trouver en aval des barrages et des piliers de ponts ;

3° Les fonds de rivières qui se trouvent en aval de sablières ou de carrières lavant les matériaux.

Dans tous les autres cas de rivières à truites normales, comportant des courants rapides et un fond de cailloux, la méthode Vibert doit normalement donner de meilleurs résultats que les déversements d’alevins, et à moindres frais.

Le président de société de pêche qui aura passé commande de ces boîtes chargées d’œufs devra, avec quelques volontaires, reconnaître au préalable les emplacements de la rivière où il immergera ses boîtes. Il recherchera, comme nous l’avons déjà dit, une rivière à courant rapide avec fond de cailloux de taille comprise entre 3 et 10 centimètres. J’ai déjà précédemment indiqué l’intérêt qu’il y avait, lorsque le courant n’était pas assez fort, à provoquer une veine liquide à courant rapide par la mise en place de deux cailloux. Je précise que la boîte de 1.000 œufs est à peine plus grosse qu’une grosse boîte de Gitanes.

La reconnaissance étant faite, il y a lieu de distribuer les boîtes aux volontaires à raison de cinq à dix boîtes au maximum par personne ; un homme seul suffit à les placer, qu’on munit d’une musette humide contenant les boîtes et d’une binette ou d’une fourche de jardinier ; s’ils opèrent soigneusement, il faut bien compter dix à quinze minutes pour mettre en place une boîte dans de bonnes conditions.

Deux dernières précisions : dans le cas de lacs à truites de montagne, j’ai essayé cette année de placer des boîtes Vibert sous les cailloux de la rive d’un lac, pensant que le batillage serait suffisant pour entraîner le développement des œufs : j’ai eu un échec quasi total. Au contraire, j’ai eu un succès de 90 à 95 p. 100 en les plaçant à un émissaire ou à un affluent du lac et partout où un courant vif permettait l’apport d’oxygène nécessaire.

D’autre part, un de mes lecteurs m’a demandé s’il pouvait utiliser les boîtes Vibert en pisciculture. Je ne puis que le lui déconseiller, à l’heure actuelle. Des expériences vont être faites l’hiver prochain à ce sujet et il y a lieu d’attendre. Les résultats qui seront obtenus au cours de l’hiver prochain par la campagne d’alevinage donneront, à mon avis, des conclusions favorables et une certaine proportion d’échecs dont il faudra chercher les raisons, qui, neuf fois sur dix, seront celles que j’ai déjà exprimées plus haut, c’est-à-dire l’emploi dans des rivières ou des fonds de rivières à fond sableux, vaseux ou pollué.

Il faudra sans doute deux ou trois ans avant que les membres des sociétés de pêche soient bien au courant de l’emploi de ces boîtes, mais je suis persuadé que c’est là la formule de l’avenir pour nos rivières à truites.

Crédit photo: http://www.boite-vibert.com/index.html