La pêche à la volante.

P.Carrère

Juillet 1949

La pêche « à la volante » est une pêche rustique pratiquée, surtout en été, par les habitants des bords de la rivière, les « terriens » ainsi qu’on les nomme, et qui ne vont pas chercher midi à quatorze heures. Toutes sortes de cannes, souvent bricolées par eux-mêmes, plus ou moins bien réussies, courtes et longues ; toutes sortes d’insectes de saison, faciles ou difficiles à saisir, sont employés. J’ai vu même un pêcheur citadin, en vacances, se promener la canne d’une main et un rouleau attrape-mouches plein de mouches de cuisine, de l’autre ; s’en aller ainsi, plus ou moins englué, d’un coup à l’autre. Tous les insectes sont bons et sont utilisés ; mais beaucoup de pêcheurs s’imaginent avoir le meilleur et le cachent jalousement à votre approche : sportivité !

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Cette pêche s’adresse presque exclusivement au chevesne, mais aussi à la truite, à la vandoise. Quoique cette dernière se tienne surtout dans les grands courants en été, où certains pêcheurs la recherchent à l’insecte noyé avec une larve comme appât ; on en prend aussi quelquefois non loin des rives par ce procédé.

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La pêche aux insectes vivants

Marcel Lapourré

Délégué au Fishing club de Fance

Avril 1946

Depuis que l’homme a essayé de capturer les habitants de l’onde, il a utilisé, comme appâts, des insectes naturels. Bien qu’à notre époque la science halieutique ait évolué vers la perfection, les mêmes esches sont encore en honneur, et de nombreux professionnels des campagnes les emploient exclusivement.

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Ils les présentent à leurs victimes éventuelles non pas comme un être vivant, mais comme une pauvre bestiole, roulée par le courant ou inerte en surface, en tout cas privée de mouvement.

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La pêche à la sauterelle.

R.Portier

Juillet 1951.

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Après la saison fameuse de la « mouche de mai », qui, chez nous, dure du 15 mai au 20 juin environ, les résultats obtenus par le pêcheur à la mouche artificielle subissent une notable régression. Pour réussir à prendre régulièrement quelques truites, il faut pêcher en mouche sèche et savoir lancer avec légèreté et précision. Les confrères qui en sont capables ne sont pas très nombreux, et c’est pourquoi beaucoup d’entre eux recourent à la pêche aux insectes naturels, que nous dénommons « pêche à la volante ».

Parmi la multitude d’insectes pouvant être utilisés, les sauterelles ou criquets sont ceux qui rencontrent le plus d’adeptes, aussi bien pour la facilité de se les procurer que pour leur réelle efficacité vis-à-vis des poissons de surface. En effet, nul autre insecte n’est pris par eux avec plus d’avidité quand les eaux sont devenues basses et claires. Cela tient, sans doute, à la fréquence des occasions que ces poissons ont de les rencontrer dans leurs rivières ordinairement bordées de pâturages.

Les sauterelles, orthoptères sauteurs, sont bien connues de tous nos confrères, et il est inutile d’en faire le portrait. On commence à en trouver, chez nous, dès la fauchaison des prairies, mais ce n’est guère avant la mi-juillet qu’elles sont devenues assez grosses et assez résistantes pour bien tenir à un hameçon de taille raisonnable et pouvoir subir plusieurs lancers successifs sans se déchirer, ce qui demanderait un remplacement immédiat. Les meilleures sauterelles pour la pêche sont ces vertes, grasses et dodues, qui se rencontrent principalement dans les prairies en bon état de végétation. Celles des terrains secs et arides, dures et coriaces, sont beaucoup moins prisées du poisson. Il faut rechercher ses appâts le matin, à la rosée, heure où ils sont faciles à saisir, les placer aussitôt dans un récipient métallique grillagé, en forme de petite bouteille, et avoir la précaution d’y introduire préalablement quelques brins de luzerne ou de trèfle, humides qui maintiendront vos bestioles en bonne santé pendant plusieurs heures.

Suivant l’importance du cours d’eau, le matériel pourra différer : sur des rives bien découvertes, de longues cannes de 6 à 7m,50, en roseau ligaturé, souples et légères, feront fort bien l’affaire. Moulinet ou caoutchouc à la bannière ? Les avis sont partagés, mais je suis partisan résolu du premier. Bas de ligne long et assez fin : 2 mètres de racine 2 X, nylon 16/100, gut ou crin japonais de même force. Il doit pouvoir retenir, sans risque de casse, un poisson d’un kilogramme.

Beaucoup de confrères pèchent à la volante sans flotteur ni plombée ; c’est judicieux, car l’attention du poisson de surface se concentre sur le seul appât dont il a perçu la chute à distance et il se dirige aussitôt sur lui. Cependant, le pêcheur dont la vue est imparfaite a tout avantage à placer sur son avancée, à 1m,25 environ au-dessus de l’hameçon, une toute petite plume grise, qui indiquera les touches avec plus de sûreté que le fil seul. Le procédé s’impose d’ailleurs pour tous, en cas de grand vent, de fortes vagues ou de temps très sombre.

Dans les rivières d’importance moyenne, une canne de 4 mètres ou 4m,50, en roseau de Fréjus léger, suffit parfaitement. Les habitués de la mouche artificielle pèchent même fort bien à la sauterelle avec leur petite canne de 3 mètres en bambou refendu et ne sont nullement handicapés, au contraire.

Un point fort important est le mode de fixation de la sauterelle à l’hameçon. Disons, tout d’abord, qu’on portera de préférence son choix sur des hameçons à tige longue, fins d’acier et très piquants ; un léger avantage, à gauche ou à droite, n’est pas à dédaigner. On peut tout aussi bien enfiler l’intérieur du corps et faire saillir la pointe vers le fondement qu’adopter le mode contraire et la faire ressortir par le cou en la dégageant nettement. Les sauterelles de taille moyenne sont les meilleures, et les numéros 8 où 9 conviennent parfaitement comme grandeur d’hameçon.

En général, on ne plombe pas la ligne, si ce n’est dans les endroits profonds et sans courant : digues ou levées, afin que l’appât gagne un niveau inférieur et soit relevé ensuite par saccades. Cette façon de procéder amène souvent de très belles pièces.

Quoi qu’il en soit, le pêcheur a tout intérêt à lancer le plus loin et le plus légèrement possible, en évitant que l’ombre de sa canne ne se projette sur la rivière.

Les poissons de surface et surtout les chevesnes sont fort ombrageux. Ces derniers, dans certaines rivières, le sont même davantage que la truite, qui saisit souvent la sauterelle, au tombé, avec brutalité. Ne croyons pas, cependant, qu’un lancer un peu lourd soit une cause d’insuccès ; souvent ces insectes, effrayés par le passage du bétail, tombent à l’eau pesamment et n’en sont pas moins attaqués. D’ailleurs, ils restent peu longtemps en surface ; en s’agitant, ils s’imprègnent de liquide, sombrent et se noient assez vite. C’est donc son fil que le pêcheur doit surveiller. Tout arrêt, tout déplacement, toute tension de la bannière doivent faire supposer une touche et provoquer le ferrage à bref délai. Le coup de poignet, souple et net, est donné dans le sens inverse de la fuite du poisson, pour avoir peu de ratés.

Le plus souvent, les prises du pêcheur à la volante n’ont rien de sensationnel : 200, 300, 400 grammes sont leurs poids habituels, et seul leur nombre peut compenser le poids. Il ne faut donc pas hésiter à les amener carrément quand le bas de ligne est construit pour résister à un kilogramme de traction. On peut, d’ailleurs se faire suivre d’une petite épuisette portative légère.

Si, par hasard, le captif dépasse la mesure ordinaire, il faudra le fatiguer, le noyer selon les règles bien connues et ne l’épuiser qu’au dernier moment, quand il sera complètement pâmé.

N’oublions pas que, dans l’eau, votre prise ne pèse que son propre poids diminué de celui du volume d’eau qu’il déplace. Ce sera donc fort rarement excessif. Le pêcheur qui conserve son sang-froid résiste, cède, résiste encore, vient presque toujours à bout de retirer son captif, fût-ce même une belle pièce. En tout cas, je ne puis que le souhaiter à nos confrères qui auront la chance de voir leur sauterelle happée par un beau poisson.