Passionné … mais de quoi ?

Dans le monde de la pêche, j’espère que nous sommes tous passionnés voire des passionnés.

Le tout est de savoir de quoi???

J’ai plus d’affinité avec des gens passionnés des poissons et ici des truites, que de personnes passionnées de la pêche ou de la technique et ce, quelle qu’elle soit.

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Nymphes VS Vers

Aujourd’hui et depuis ce matin le temps est à l’orage.

Il fait lourd, pas un pet de vent, le ciel est gris. Ça poisse, il a même plu à midi, alors direction en début d’après midi la Haute Vallée à la recherche d’un ruisseau sympa.

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Sur le bord du ruisseau.

Marcel Lapourré

Délégué du fishing-club de France

Aout 1950

Parmi les sapins, serpentant à travers les blocs de roches millénaires recouvertes de mousse, le petit ruisseau bondit, froid et limpide, et s’enfuit, rapide, vers son destin.

Parfois, il disparaît sous un rocher et, dans une écume blanche, ressort quelques mètres plus loin.

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Amont ou Aval ???

Marcel Lapourré,

Janvier 1950

amontaval

Les apprentis du lancer (lourd ou léger) vont s’écrier : « Quelle importance cela peut-il bien avoir de pêcher en remontant ou en descendant le courant ? On choisit la façon la plus commode, tout simplement. »

Eh bien ! non, car la façon la plus commode d’accomplir une action, n’est pas toujours la plus efficace.

Réfléchissez, lecteurs, et vous conviendrez que, même en dehors de la pêche, mon affirmation s’avère exacte dans bien des cas.

Donc, nous allons essayer de démontrer comment et dans quel cas la progression du leurre vers l’amont ou vers l’aval est à pratiquer.

Nous poserons comme règle générale que, dans un cours d’eau ordinaire, je veux dire ni trop lent, ni trop rapide, avec un fond moyen au-dessus de 40 centimètres, il n’est pas d’hésitation possible ; on doit lancer en amont et récupérer vers l’aval.

Il faudra que le pêcheur ait déjà quelque expérience du lancer et de la manœuvre de son moulinet ; le leurre doit, en effet, progresser à une vitesse supérieure à celle du courant si on veut qu’il ne soit plaqué irrémédiablement sur le fond.

Cette précaution est surtout à observer avec les leurres de forte densité, métalliques surtout ; elle est moins importante avec un poisson mort qui évoluerait en zigzags avant de plonger.

Tout leurre ainsi ramené a tendance à piquer au fond, surtout si le profil de la plombée l’y contraint. Il faudra donc veiller à ce profil et lui donner en tête un léger plan de redressement et non l’inverse.

Quel avantage y a-t-il à pêcher up-stream, comme disent les Anglais ?

Nul n’ignore que les habitants de la rivière, quels qu’ils soient, font toujours face au courant, tant pour lui résister que pour happer au passage les particules nourrissantes qu’il transporte.

Ils n’ont qu’un court instant pour examiner ce qui descend et pas d’autre moyen de contrôle que leur bouche ; aussi est-ce prestement qu’ils cueillent au passage les menues friandises (ou supposées telles), quitte à les rejeter si elles ne sont pas gustatives.

Les carnassiers, eux, ne se trompent pas, et, comme ce sont surtout ceux que nous recherchons, tout va très bien …

Le poisson mort, la cuiller, le devon descendent au courant à proximité d’un vorace ; celui-ci se soulève à sa rencontre et, d’un rapide coup de gueule de côté, le stoppe net. Le choc du ferrage arrive en sens inverse de l’attaque ; l’accrochage est certain et profondément solide.

Les ultimes cabrioles de la capture n’effaroucheront pas les poissons de l’amont et, à un mètre plus haut, le drame ne s’est pas fait sentir. Vous pouvez recommencer.

Voilà donc deux avantages bien marqués de la pêche en amont.

Voyons donc les inconvénients de la pêche en aval.

Oh ! je sais bien que c’est plus commode pour récupérer ; on peut se permettre un moment de répit dans le maniement de la manivelle ; le leurre, sollicité par le courant, tournera tout de même ; on pourra faire du « sur place » si on y tient, ou si c’est nécessaire pour insister en un bon endroit, mais, par contre, le carnassier peu affamé ou méfiant a suivi l’appât sans l’attaquer. Il veut l’examiner et, ma foi, fort souvent, il crochète et s’enfuit, ayant vu le piège et réfléchi : il a eu le temps, ce qui n’était pas possible précédemment.

Combien de fois avons-nous vu de belles truites tourbillonner autour de la petite cuiller sans se décider à sauter dessus ? Les grosses pièces connaissent leur affaire et sont plus circonspectes que les « sardines ».

Mettons donc toutes les chances de notre côté.

En tout cas, en ce qui concerne la truite, je recommande vivement à mes jeunes confrères de pêcher en amont.

Ils auront 50 p. 100 de chances en plus en leur faveur.

Cependant il est des cas où il serait impossible de pêcher ainsi : en eau mince, en eau rapide, en eau très encombrée. Je m’explique :

Par eau mince, j’entends : de faible profondeur ou frôlant une chevelure d’herbes aquatiques, vrais nids à poissons, il nous faudrait récupérer trop vite pour utiliser le peu d’épaisseur de l’eau, et notre travail serait inefficace.

Il en est de même en eau très rapide, où la progression devrait être très accélérée afin d’éviter le plaquage au fond.

Dans les eaux très encombrées, nous ne pourrions diriger avec précision notre leurre au milieu du fouillis, chose relativement aisée dans le sens contraire.

Le « sur place » dont je parlais tout à l’heure nous permettra des changements de direction efficaces et surtout indispensables, par le simple mouvement de la canne. J’ajoute qu’il faut avoir déjà une certaine habitude pour être ainsi maître du contrôle de l’appât, mais, pour un pêcheur aimant son sport et s’appliquant à s’y parfaire, c’est un jeu agréable et passionnant.

Varions donc nos procédés de pêche selon le cours d’eau que nous explorons et même varions nos leurres.

Le poisson mort aura toujours une supériorité sur tout autre appât dans la pêche en amont ; il ne sera pas arraché de la monture par le courant, comme dans l’autre cas ; sa faible densité et sa forme lui permettront d’être tentant sans une trop vive récupération.

Vous remarquerez donc que je ne suis pas absolument féru de l’un ou l’autre de ces deux procédés. C’est une affaire d’observation et d’opportunité : il faut savoir choisir et opérer à bon escient.

C’est à pied d’oeuvre qu’on peut et doit se rendre compte ; mes causeries n’ont pour but que d’aiguiller les débutants vers une solution convenable et leur éviter les ennuis d’une initiation faite à leurs dépens et bien souvent décourageante.

La sauterelle noyée …

Denys Fabre,

Septembre 1951.

portrait-sauterelle

Voici une pêche facile … et difficile, sportive et fructueuse : la pêche à la sauterelle noyée.

Facile parce qu’on peut la pratiquer en plein courant ou dans les eaux calmes. Difficile parce qu’au danger permanent d’être démonté par l’attaque violente d’une grosse pièce s’ajoute celui de l’accrochage dans les branches, les racines, les buissons de la rive. Car il est indispensable de se dissimuler aussi complètement que possible. Arbres penchés sur l’eau dont les branches frôlent la surface de la rivière, oseraies, amarines du bord sont les auxiliaires indispensables mais encombrants du pêcheur.

En effet, le principal « client » auquel il présente son appât est le chevesne, ou cabot. Doué d’une acuité visuelle exceptionnelle, sa voracité seule lui fait oublier la prudence :

« Ventre affamé n’a pas d’oreilles », et, fort heureusement pour le pêcheur, les yeux du chevesne sont aussi parfois trop attentifs à la chute d’un insecte appétissant. Cependant, il faut absolument éviter d’être vu. Pas de chapeau volumineux, de vêtements clairs : ce serait la bredouille. Et les « couverts » les plus compacts sont les meilleurs points de pêche.

Les belles « canastellées » réalisées jadis avant que l’Orb ne fût devenu une rivière herbeuse et encombrée par douze ans d’obstinée sécheresse ! Peupliers, osiers, saules, vergnes, depuis victimes d’un déboisement forcené, croisaient leurs branches au-dessus de l’eau. Tranquilles et confiants sous cette ombre, les gros chevesnes promenaient leurs nageoires rouges et leurs mufles camus. Gargantuas aquatiques, de leur gueule largement fendue ils happaient au passage tout ce qui passait à leur portée … quitte à « souffler » la trouvaille dont le goût ne leur plaisait pas. Leur chair était ferme, et les nouveaux parfums de naphtaline et de pétrole —dons d’industriels sans respect des lois et conséquence de l’inertie de la répression, — ne les imprégnaient pas encore. Oublions ces temps héroïques et passons à l’action.

L’attirail est simple. Une canne en roseau démontable de 4 à 5 mètres, scion souple mais nerveux, moulinet ordinaire ou pas de moulinet — il faut cependant prévoir des allongements ou raccourcissements fréquents déterminés par la densité du « courant », — pas de flotteur, bas de ligne nylon 18/100, hameçon 7 à 9, longue tige à palette, épuisette.

Le pêcheur trouvera ses appâts sur place le plus souvent. La sauterelle grise à ventre jaune clair, si commune dans nos prairies, donne des résultats remarquables. La taille devra être assortie à l’hameçon. Coupez les « couteaux » et les ailes. Le chevesne excelle à enlever l’appât par ces membres. Piquer la sauterelle de dos au niveau de la collerette à la nuque. Faire glisser l’hameçon tout le long du corps en remontant la sauterelle le long de la hampe, donner à l’appât la position allongée.

Contrairement à un préjugé trop répandu, il est absolument indifférent que la pointe de l’hameçon soit visible. Une minuscule parcelle de plomb à la tête de la sauterelle. C’est paré !

Il est 6 heures. Le soleil n’illumine pas encore la rivière. C’est le moment. Glissons-nous sans bruit sous le couvert. Avec un très léger « ploc », la sauterelle est tombée là-bas à 4 mètres du bord, dans le petit sillage que le courant produit en frôlant cette branche de vergne. Le fil descend lentement. De temps à autre, un léger coup de poignet fait remonter l’appât entre deux eaux. Ah ! le fil ne descend plus, il demeure immobile à la perpendiculaire. Oh ! pas longtemps. Car le voici qui se déplace en remontant le courant. Attention ! Ferrage net, mais sans brusquerie. Un départ furieux, sauvage : c’est un gros. Quelques coups de tête formidables. Maintenons-le en évitant les obstacles qu’il recherche, et le voici. Il arrive, la gueule grande ouverte et, comme dirait l’adjudant Flick, « les mains sur la couture du pantalon ». Un dernier sursaut, le plus dangereux. C’est fini. Épuisette et panier.

Nous continuons en changeant de place souvent. Après deux ou trois « bagarres », pas plus. C’est du sport : les kilomètres se succèdent à rechercher des « couverts » parfois fort éloignés les uns des autres.

Le soleil est très haut. Les captures s’espacent. Déjeunons.

Quelques pipes. Un peu de repos. Tout à l’heure, nous essaierons sur l’autre rive, quand le soleil aura cessé de l’incendier.

L’eau est maintenant assez transparente et c’est encore plus intéressant. La sauterelle est visible à un mètre de profondeur. Oh ! le beau cabot. Il fonce, s’arrête net à 2 centimètres de la sauterelle, semble, une seconde, l’observer et réfléchir, puis, lentement, ouvre ses larges mâchoires et engaine. Il demeure un instant immobile. C’est le moment. Ferrage et … démarrage en trombe. La corrida recommence. La belle brute. Il va tout casser, le scion plie, mais le nylon tient bon. Allons ! vieux ! n’insiste pas. Si ça peut te consoler, on t’accordera les honneurs de la mayonnaise.

C’est la pêche à vue, la plus émotionnante.

Mais d’autres poissons se laissent séduire par la sauterelle noyée. Le fil s’est immobilisé. Allons bon ! une racine. Ça tient … mais ça bouge lentement, puissamment, et, dans un remous, paraît une tête ornée de moustaches à la gauloise. Un barbeau. La bagarre sera plus longue, car le barbeau se défend rudement.

La « siège » (1) se laisse prendre au moment où, l’appât arrivé à bout de fil, le pêcheur le remonte pour recommencer la passée.

Enfin, la reine des eaux douces est très friande de la sauterelle, et la gourmandise nuit à sa prudence proverbiale.

La grosse truite, aujourd’hui si rare dans l’Orb, qu’elle peuplait jadis, en est souvent victime. La pêche à la sauterelle noyée est une pêche d’été. De juin à fin septembre, le matin et le soir elle donne de magnifiques résultats.

Lui sont défavorables : les changements de temps brusques, les sautes de vent, l’orage — en dépit du préjugé qui prétend que le temps orageux est un facteur de réussite.

Ce n’est pas la grrrande pêche. Elle fera sourire nombre de lanceurs de ferraille, de tourneurs de mayonnaise, mais je suis de ceux qui jugent un système de pêche au contenu du panier.

(1) La siège, en Languedoc, est une variété de vandoise aux habitudes assez semblables à celles du chevesne.